
Comprendre la fausse couche
Chaque année, environ 200 000 femmes en France vivent une fausse couche, soit près de 15 % des grossesses cliniquement reconnues. Si ce phénomène naturel reste fréquent, il demeure encore tabou, mal compris et souvent minimisé, tant dans sa dimension médicale que psychologique.
Derrière ces chiffres, il y a des parcours singuliers, des douleurs parfois silencieuses, et un besoin réel d’information, de reconnaissance et d’accompagnement.
Quels sont les signes à connaître, les causes possibles, les options de prise en charge ? Et comment traverser, humainement, cette épreuve intime ? Autant de questions essentielles pour mieux comprendre ce que vivent tant de femmes et de couples chaque année.
Qu'est-ce qu'une fausse couche ?
Une fausse couche (ou avortement spontané) est l'interruption naturelle d’une grossesse avant 22 semaines d’aménorrhée (absence de règles), c’est-à-dire avant que le fœtus ne soit considéré comme viable en dehors de l’utérus. En France, la limite légale est à 22 SA, bien que la viabilité fœtale se situe vers 24 SA.
Les fausses couches précoces, surviennent avant la quatorzième semaine d’aménorrhée et sont les plus fréquentes. Les fausses couches tardives ont lieu entre la quatorzième et la vingt-deuxième semaine, elles peuvent être complètes ou incomplètes, selon que l’expulsion du contenu utérin est totale ou non. Enfin certaines femmes font une fausse couche silencieuse (ou retenue) ce qui correspond à un arrêt du développement du fœtus sans symptômes apparents.
Quels sont les signes d'une fausse couche ?
Les symptômes d’une fausse couche varient en fonction du stade de la grossesse et du type de fausse couche, mais certains signes sont fréquemment observés. Le plus courant est le saignement vaginal, souvent plus abondant qu’un simple spotting, parfois accompagné de caillots ou de pertes de tissus.
Des douleurs abdominales, similaires à des crampes menstruelles mais parfois plus intenses, ainsi que des douleurs diffuses dans le bas du dos peuvent également survenir. La disparition soudaine des signes habituels de grossesse, tels que les nausées, la fatigue ou la tension des seins, peut aussi être un indicateur. Dans certains cas, notamment lors d’une fausse couche silencieuse, aucun symptôme n’est perceptible : l’arrêt du développement embryonnaire est alors découvert de manière fortuite lors d’une échographie. Environ 10 à 15 % des grossesses reconnues se terminent par une fausse couche, majoritairement au cours du premier trimestre.
Il est important de préciser qu'un saignement vaginal en début de grossesse n’est pas systématiquement le signe d’une fausse couche. Environ une femme enceinte sur quatre présente des saignements au cours du premier trimestre, sans que cela n’empêche le bon déroulement du foetus et de la grossesse par la suite.
Quelles sont les causes d'une fausse couche ?
Les causes d’une fausse couche sont souvent multifactorielles et varient selon le stade de la grossesse. Dans la majorité des cas, notamment au cours du premier trimestre, la fausse couche est liée à une anomalie chromosomique de l’embryon, rendant le développement incompatible avec la vie. Ces anomalies surviennent de manière aléatoire, sans lien avec les actions de la mère. Si il s'agit d'une fausse couche isolée les causes précises ne sont généralement pas recherchées.
On parle de fausses couches à répétition lorsqu’une femme de moins de 40 ans, enceinte du même partenaire, subit au moins trois fausses couches spontanées consécutives avant 14 semaines d’aménorrhée. Pour ces femmes un bilan médical est souvent réalisé afin d'identifier la ou les causes responsables de ces fausses couches. Le plus souvent il s'agit de troubles hormonaux (comme un déficit en progestérone ou un syndrome des ovaires polykystiques), de malformations utérines ou d'une anomalie de la cavité utérine. Certaines infections telles que la toxoplasmose, la rubéole ou la listériose, des anomalies génétiques, des maladies chroniques mal équilibrées (diabète, troubles thyroïdiens, lupus), ou encore des facteurs liés à l’hygiène de vie (tabac, alcool, drogues) peuvent également jouer un rôle important dans la survenue de fausses couches. L’âge maternel avancé augmente aussi le risque de fausse couche. Enfin, dans près de la moitié des cas, aucune cause précise n’est retrouvée.
Que faire face à des symptômes de fausse couche ?
Face à des symptômes évoquant une fausse couche notamment des saignements vaginaux, des douleurs pelviennes ou des crampes abdominales, il est essentiel de consulter rapidement un professionnel de santé. Une échographie pourra être réalisée pour évaluer la situation, vérifier la présence et la vitalité de l’embryon et déterminer si une fausse couche est en cours ou non. En attendant la consultation, il est recommandé de se reposer, d’éviter les efforts physiques importants et de ne pas utiliser de tampons, ni avoir de rapports sexuels. Se rendre aux urgences est indispensable en cas de douleurs intenses, de saignements abondants ou de fièvre. Une prise en charge rapide permet d’adapter le traitement selon le type de fausse couche et de limiter les risques de complications.
Quel est le traitement d'une fausse couche ?
Le traitement d'une fausse couche varie selon la situation clinique, le stade de la grossesse et les préférences de la patiente. Lorsqu’il s’agit d’une fausse couche complète, c’est-à-dire que tous les tissus de grossesse ont été expulsés naturellement, aucun traitement médical n’est généralement requis. Une simple surveillance par échographie permet de confirmer que l’utérus est vide et qu’aucune complication ne subsiste.
En revanche, si la fausse couche est dite incomplète, c’est-à-dire que des résidus restent dans l’utérus, plusieurs options sont envisageables. Lors d'une fausse couche précoce et non compliquée, l’attente surveillée est recommandée afin de laisser le temps au corps de gérer naturellement l’expulsion. Cette approche nécessite un suivi médical régulier pour s’assurer qu’aucune complication ne survient, comme une infection ou des saignements prolongés. Une prise en charge médicamenteuse peut également être proposée, souvent avec du misoprostol, qui permet de provoquer les contractions utérines et ainsi favoriser l’évacuation du tissu gestationnel. Cette méthode est souvent privilégiée pour les fausses couches précoces et permet d’éviter une anesthésie générale et un geste chirurgical.
Dans d’autres cas, notamment si la fausse couche est tardive ou si les saignements sont abondants, la patiente est anémiée ou si le traitement médicamenteux a échoué, une évacuation chirurgicale par aspiration (aussi appelée curetage) peut être nécessaire. Ce geste est réalisé sous anesthésie, généralement en ambulatoire.
Quelle que soit la méthode choisie, un suivi médical est indispensable pour vérifier que la fausse couche est bien terminée et écarter tout risque de complication. Face à cette épreuve émotionnelle difficile, il est indispensable de s'entourer d'une équipe médicale bienveillante et à l'écoute. Il ne faut pas hésiter à demander un deuxième avis médical pour se sentir plus en confiance. Un accompagnement psychologique est également souvent recommandé.
La gestion des émotions après une fausse couche
La gestion des émotions après une fausse couche est une étape essentielle, bien que souvent négligée. Ce type de perte, même lorsqu’elle survient très tôt dans la grossesse, peut provoquer un véritable bouleversement psychologique pour la femme et son/sa partenaire. Tristesse, culpabilité, colère, frustration, ou sentiment d'injustice : les émotions sont multiples et varient d'une personne à l'autre. Il est important de comprendre que chaque personne réagit différemment, et qu’aucune émotion n’est illégitime. De nombreuses femmes ressentent un sentiment de culpabilité face à cette perte, et ont du mal à faire le deuil.
Le soutien de l’entourage peut jouer un rôle clé mais il n’est pas toujours suffisant. Un accompagnement psychologique peut être nécessaire pour aider à mettre des mots sur la douleur, traverser le deuil et se reconstruire. Parler à un professionnel de santé, à un psychologue ou à un groupe de parole peut offrir un espace d’écoute bienveillant. Il est également important de ne pas minimiser cette épreuve en la qualifiant simplement de « fréquente » ou « naturelle » : chaque vécu est unique, et mérite d’être reconnu et respecté.
La fausse couche, bien que fréquente, reste une épreuve à la fois physique et émotionnelle qui mérite d’être mieux reconnue, accompagnée et expliquée. En comprenant mieux ses causes, ses manifestations et les prises en charge possibles, les femmes et les couples peuvent se sentir moins démunis face à cette épreuve. Par ailleurs, il est important de préciser que dans la majorité des cas, une fausse couche n’altère pas la fertilité et il est tout à fait possible de retomber enceinte et de mener une grossesse sans complication par la suite.
Sources :
-
Améli.fr - Fausse couche https://www.ameli.fr/landes/assure/sante/devenir-parent/grossesse/difficultes-et-maladies-pendant-la-grossesse/fausse-couche
-
Le manuel MSD - Fausse couche https://www.msdmanuals.com/fr/accueil/probl%C3%A8mes-de-sant%C3%A9-de-la-femme/troubles-en-d%C3%A9but-de-grossesse/fausse-couche
Publication le 05/02/2026 par Maellie Vezien
Relu par Gaëtan Pannetier
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