
Orientation, information, accompagnement
Maladies chroniques : êtes-vous concerné ?Par Marion Berthon le 07/12/2020
Revue par le Pr Jean Sibilia, Rhumatologue
Mise à jour le 02/07/2026
Le lupus est une maladie rare liée à un dérèglement du système immunitaire. Dans le lupus, le système immunitaire se transforme, devient hyperactif et développe un état d'auto-immunité qui dépasse les besoins de défense de l'organisme. Cette hyperactivité attaque les propres cellules du corps et provoque des lésions sur certains organes « cibles » comme la peau, les articulations ou le rein. Le lupus fait partie des maladies auto-immunes.
Il existe deux formes de lupus :
Le lupus systémique, qui touche différents organes (le plus souvent la peau et les articulations) avec un risque de complications rénales, hématologiques, cardiaques ou cérébrales parfois sévères.
Le lupus cutané, parfois chronique, qui ne donne en règle générale aucune lésion d'organe, mais expose à des risques esthétiques pour le lupus discoïde chronique.
💡 Le saviez-vous ?
Le lupus touche près de 50 000 personnes en France. Il concerne principalement les femmes, avec un ratio de 9 femmes pour 1 homme, pour des raisons hormonales, immunitaires et génétiques. Le lupus existe chez l'enfant, mais il est beaucoup plus rare et souvent plus sévère.
L'auto-immunité du lupus est la conséquence d'un dérèglement immunogénétique spécifique, déclenché par des facteurs d'environnement. Ces facteurs comprennent :
Un virus
Des toxiques
Certains médicaments, on parle alors de lupus induit médicamenteux
Le lupus évolue le plus souvent par périodes dites « de poussée ». Certains facteurs peuvent déclencher ou favoriser ces poussées :
Les UV
Le stress
Une infection, le plus souvent virale
Le tabac, surtout pour le lupus cutané
La prise d'un médicament , notamment des anti-TNF, des anti-hypertenseurs ou des anti-épileptiques
La prise d'œstrogènes (contraception, traitement hormonal substitutif) ou la grossesse chez la femme
Le deuxième avis est particulièrement pertinent dans le cadre du lupus. Il s'agit d'une maladie rare dont les conséquences peuvent être graves si elle n'est pas traitée : défaillance rénale, cardiaque ou neurologique.
Un deuxième avis permet également de bien comprendre les alternatives thérapeutiques, notamment le choix entre les différents médicaments existants, qui sont nombreux et dont les effets secondaires peuvent être conséquents. Il permet aussi de s'assurer que la prise en charge proposée est bien en lien avec les dernières connaissances scientifiques.
La maladie est-elle avérée ? Quels sont les risques ?
Y a-t-il un risque de transmission de la maladie à mes enfants ?
Quels sont les bénéfices et les risques des différents médicaments ?
Comment me prémunir des effets secondaires des médicaments ?
Comment ajuster mon régime alimentaire ?
Je souhaite être mère prochainement : quel traitement puis-je prendre ?
J'ai des manifestations cutanées du lupus : vais-je garder des traces à vie ?
Mon lupus cutané risque-t-il d'évoluer vers d'autres organes ?
Ai-je une atteinte rénale liée à mon lupus ?
Comment évolue un lupus rénal ? Vais-je devoir faire de l'hémodialyse ?
Comment limiter mes douleurs articulaires liées au lupus ? Dois-je modifier mon activité ?
Face à un problème de santé sérieux, deuxiemeavis.fr vous permet d’obtenir en moins de 7 jours un avis médical complémentaire sur dossier, par un médecin spécialiste de la pathologie.
* 1ère société à mission en santé en France
Le médecin référent pour la prise en charge du lupus est un médecin spécialisé des maladies auto-immunes : rhumatologue, néphrologue, dermatologue ou médecin interne, selon les centres.
En fonction des atteintes, l'équipe de prise en charge propose :
Un rhumatologue pour les atteintes articulaires et la prise en charge de la douleur
Un dermatologue pour les atteintes cutanées
Un néphrologue pour les atteintes rénales
Un neurologue pour les atteintes neurologiques
Un cardiologue pour les atteintes cardiaques
Un obstétricien pour les manifestations pendant la grossesse
Tout autre spécialiste de l'organe atteint
Il existe une filière « maladies rares » dédiée aux maladies auto-immunes et auto-inflammatoires : FAI2R. Les associations de malades, comme l'AFL+ (Association Française du Lupus et autres maladies auto-immunes), sont également très actives pour orienter les patients.
Les manifestations du lupus peuvent être très différentes selon le patient. Les manifestations de lupus peuvent être très différentes selon le patient. Cette maladie évolue le plus souvent par période dite " de poussée ".
Douleurs articulaires
Manifestations cutanées : érythèmes ou plaques rouges sur le corps, surtout autour du nez ( aspect de masque de « loup », à l'origine du nom « lupus »)
Hypersensibilité au soleil
Perte de cheveux
Le lupus systémique, contrairement au lupus cutané, peut donner des complications :
Rénales dans 20 à 25 % des cas : inflammation du rein appelée glomérulonéphrite
Cardiaques : péricardite (inflammation du péricarde) et autres atteintes cardiaques (myocardite) plus rares
Pleurales : pleurésie (inflammation de l'enveloppe des poumons)
Neurologiques (atteintes plus rares)
Problèmes sanguins : diminution du nombre de globules rouges et blancs, appelée cytopénie, avec des thrombopénies (baisse des plaquettes)
Adénopathies (ganglions) et splénomégalie (augmentation de la taille de la rate) sont observées chez certains patients
Atteintes ophtalmologiques (plus rares)
Association possible avec d'autres maladies auto-immunes, notamment le syndrome de Gougerot-Sjögren (sécheresse des yeux et de la bouche)
💡À retenir
Dans 20 à 30 % des cas de lupus, il existe un syndrome des antiphospholipides, caractérisé par la formation de caillots de sang dans les veines (pouvant entraîner des phlébites et parfois des embolies pulmonaires)et dans les artères pouvant entraîner des AVC. Ces caillots peuvent aussi provoquer des problèmes obstétricaux : fausses couches à répétition, pré-éclampsies ou morts fœtales in utero, nécessitant une prise en charge particulière.
Le lupus expose également à des risques chroniques liés à la maladie et à ses traitements : atteintes cardiovasculaires et ostéoporose, qu'il faut savoir prévenir.
Le diagnostic repose d'abord sur un interrogatoire médical qui recherche les symptômes et les facteurs pouvant déclencher ou favoriser des poussées.
Des examens biologiques et d’imagerie sont également nécessaires pour poser le diagnostic et identifier les organes atteints.
|
Examen |
Objectif |
|
Numération formule sanguine et plaquettaire |
Détecter une cytopénie ou une thrombopénie |
|
Bilan d'hémostase (TP, TCA) + recherche d'anticorps antiphospholipides (anticoagulant lupique, anticardiolipines, anti-β2-glycoprotéine 1) |
Évaluer le risque thrombotique |
|
Créatininémie + bandelette urinaire (protéinurie, leucocyturie, hématurie) |
Mesurer la fonction rénale |
|
Enzymes hépatiques (ASAT, ALAT, Gamma-GT, phosphatases alcalines, bilirubinémie) |
Évaluer la fonction hépatique |
|
Anticorps antinucléaires :notamment anti-ADN natif, anti-Sm/RNP, anti-Ro-SSA/Ro-SSB-La |
Caractériser le lupus, à noter : avec les tests actuels, il n'existe pas de lupus sans anticorps antinucléaires |
|
Dosage du complément (fractions C3, C4, CH50) |
Évaluer l'activité de la maladie |
|
Autres dosages et examens orientés par les signes cliniques et biologiques de chaque patient |
Compléter le bilan selon le tableau |
💡 À retenir
Ces dosages se font en routine, mais l'avis d'un médecin expert est nécessaire pour bien les analyser.
ECG, et si besoin échographie cardiaque et/ou IRM
Explorations neurologiques en cas de symptômes
Plusieurs traitements permettent de maîtriser le lupus. Ils peuvent parfois obtenir une rémission prolongée. Les traitements administrés dépendent :
Des caractéristiques de la maladie
De l'activité de la maladie
De la sévérité des atteintes
Des maladies associées
Pour les formes cutanéoarticulaires :
Anti-inflammatoires non stéroïdiens
Anti-malariques (ou antipaludéens)
Méthotrexate
Une faible corticothérapie peut se discuter si le lupus est articulaire. L'objectif actuel est d'éviter les corticoïdes.
Pour les formes plus sévères :
Corticothérapie et traitements immunosuppresseurs tels que comme l'acide mycophénolique, ou plus rarement l'azathioprine ou le cyclophosphamide
💡À retenir
Les effets secondaires des corticoïdes peuvent être conséquents : prise de poids, hypertension artérielle, diabète, fragilité osseuse, fonte musculaire, cataracte. Cela justifie une surveillance médicale régulière.
De nouveaux immunomodulateurs appelés biomédicaments font partie des traitements de fond du lupus. Actuellement, les 2 molécules commercialisées sont :
Le Benlysta (anti-BAFF)
L'Anifrolumab (anti-interféron récepteur)
Ces traitements sont disponibles dans les centres de référence. De nombreuses molécules sont en cours d'évaluation, notamment des immunothérapies intensives nouvelles comme les CAR-T cells. Ces traitements sont réservés à des formes particulièrement sévères et réfractaires. Ces perspectives sont intéressantes, mais nécessitent de rester prudent.
Chaque forme de lupus peut justifier une prise en charge intégrale incluant :
Un traitement préventif du syndrome des antiphospholipides par un anticoagulant (antivitamine K)
Une prévention des risques cardiovasculaires, incluant l'arrêt formel du tabac
Une prévention de l'ostéoporose
Une prise en charge psychologique et sociale
Une stratégie vaccinale adaptée : vaccination usuelle (grippe, Covid), ainsi que contre le pneumocoque et le zona
Le lupus est une maladie chronique qui nécessite une information et une formation du patient. La prise en charge doit être intégrative, prenant en compte l'ensemble des problèmes. Une excellente relation entre le médecin traitant et le ou les spécialistes — avec si besoin l'aide d'un centre de référence — est indispensable. Le soutien par une association de patients est souvent très appréciable pour gérer la vie quotidienne. Un excellent ouvrage, Lupus en 100 questions, rédigé par les centres de référence, est disponible.
Des mesures simples sont également très importantes : activité physique régulière, alimentation saine et vie équilibrée en évitant le stress.
Le lupus partage de nombreux points communs avec d'autres maladies auto-immunes et systémiques rares — retrouvez l'ensemble des pathologies couvertes par deuxiemeavis.fr dans cette rubrique.
La complication rénale la plus fréquente du lupus systémique est la glomérulonéphrite : découvrez comment elle se diagnostique et se traite.
Le syndrome des antiphospholipides, fréquemment associé au lupus, peut entraîner des complications vasculaires graves — une fiche dédiée vous explique ses mécanismes et sa prise en charge.
Pour comprendre le rôle exact du rhumatologue dans le suivi du lupus articulaire, consultez notre article sur les maladies auto-immunes et auto-inflammatoires rares et la filière FAI2R.


Maladie rare, maladie orpheline
Maladie rare : quand demander un deuxième avis ?Par Fanny Bernardon le 20/01/2021

Orientation, information, accompagnement
Maladies chroniques : êtes-vous concerné ?Par Marion Berthon le 07/12/2020

Orientation, information, accompagnement
Comment vivre avec une maladie chronique ?Par Fanny Bernardon le 28/12/2020

Dermatologie
La télémédecine en dermatologie : est-ce vraiment possible ?Par Marion Berthon le 27/10/2021