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Myopathie chez l’enfant

Revue par le Dr Anne-Gaëlle Le Moing, Pédiatre
Mise à jour le 04/06/2026

Définition
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Qu'est-ce que la myopathie chez l’enfant ?

Les maladies neuromusculaires (MNM) regroupent l’ensemble des affections touchant le motoneurone inférieur, la jonction neuromusculaire ou le muscle lui-même.

Elles se manifestent principalement par une faiblesse musculaire progressive, un faible tonus musculaire appelé hypotonie, et une atteinte variable des fonctions cardiaque et respiratoire. Chez l’enfant, elles constituent un groupe hétérogène de maladies rares.

 

Le saviez-vous ?

La prévalence cumulée des myopathies chez l'enfant est estimée à 1 sur 3 000 naissances.

 

Classification des maladies neuromusculaires de l'enfant selon le niveau anatomique atteint :

Niveau anatomique

Exemples de pathologies associées

Motoneurone spinal

Amyotrophie spinale infantile, (ASI) ou (SMA)

Neuropathies périphériques

Maladie de Charcot-Marie-Tooth, neuropathies inflammatoires

Jonction neuromusculaire

Myasthénie, syndromes myasthéniques congénitaux

Myopathies primitives héréditaires

Dystrophinopathies, Dystrophie musculaire de Duchenne et (BMD), myopathies des ceintures, myopathies congénitales, myotonies

Myopathies secondaires

Myopathies inflammatoires, endocriniennes ou métaboliques


Quels sont les différents types de myopathies chez l'enfant ?

 

La dystrophie musculaire de Duchenne (DMD)

La dystrophie musculaire de Duchenne (DMD) est la myopathie héréditaire la plus fréquente et étudiée. Elle est causée par des mutations du gène DMD, situé sur le chromosome X. Cela entraîne l’absence totale de dystrophine, une protéine indispensable à l’intégrité des fibres musculaires.

La dystrophie musculaire de Becker (BMD) est une forme allélique plus modérée. Elle est également liée au chromosome X. La dystrophine est alors produite en quantité insuffisante ou sous forme tronquée. Son début clinique survient généralement à l’adolescence et son évolution est plus lente.

 

Le saviez-vous ?

La (DMD) touche environ 1 garçon sur 3 500 naissances, soit 300 à 400 nouveaux cas par an en France.

 

Signes cliniques et évolution

Malgré une acquisition de la marche dans les délais habituels, avant 18 mois, l’enfant présente progressivement des chutes fréquentes entre 2 et 5 ans. Il a des difficultés à courir, à monter les escaliers et à se relever du sol.

On observe une pseudo-hypertrophie des mollets, avec un remplacement des fibres par du tissu graisseux et fibreux. L'enfant adopte une marche dandinante avec une courbure excessive de la colonne vertébrale au niveau des lombaires, appelée hyperlordose.

 

Marqueur biologique et évolution motrice

Un marqueur biologique important est la très forte élévation du taux sérique de créatine kinase (CK). Ce taux est typiquement 10 à 200 fois la normale, souvent supérieur à 10 000 UI/L. Il témoigne de la destruction active des fibres musculaires. Cette découverte peut précéder les signes cliniques.

Sans traitement, la perte de la marche survient en moyenne entre 9 et 13 ans. Avec une corticothérapie débutée à l’âge optimal, entre 4 et 6 ans, cette échéance peut être retardée de 2 à 3 ans. La progression implique successivement l’atteinte de la ceinture pelvienne puis scapulaire, l’apparition d’une scoliose, puis l’atteinte des membres supérieurs.

 

Complications associées à la (DMD)

  • Atteinte cardiaque : La cardiomyopathie dilatée, proche de certaines cardiopathies chez le nouveau-né, est présente chez 25 % des enfants avant 6 ans, 60 % à 10 ans, et quasi universellement à l’âge adulte. La surveillance recommandée comporte un électrocardiogramme et une échocardiographie tous les 2 ans avant 10 ans, puis annuellement. Le traitement préventif repose sur les IEC ou autres traitements cardiologiques dès la détection d’une anomalie.

  • Atteinte respiratoire : L’atteinte progressive du diaphragme conduit à une insuffisance respiratoire restrictive. La capacité vitale forcée atteint son maximum vers 10 à 12 ans puis décline d’environ 8 % par an après la perte de la marche. La ventilation non invasive nocturne (BiPAP) est indiquée selon l’évolution de la maladie.

  • Atteinte cognitive et comportementale : Une déficience intellectuelle ou des troubles neurodéveloppementaux sont observés chez 30 à 40 % des enfants atteints de (DMD), indépendamment du degré d’atteinte musculaire. Cela inclut un trouble des apprentissages, le (TDAH), des troubles du spectre autistique et des difficultés du langage.

 

À retenir : Démarche diagnostique et traitements de la (DMD)

En première intention, le dosage sérique des (CK) est l’examen clé. Une valeur supérieure à 1 000 UI/L, souvent plusieurs dizaines de fois la normale, est très évocatrice. L’étape suivante est l’analyse génétique moléculaire du gène DMD. La technique (MLPA), multiplex ligation-dependent probe amplification, recherche en première intention les délétions et duplications exoniques.

En cas de résultat négatif, un séquençage de nouvelle génération (NGS) est nécessaire. Cette analyse est indispensable pour confirmer le diagnostic et déterminer l’éligibilité aux thérapies ciblées. La biopsie musculaire avec immunohistochimie et Western blot reste indiquée lorsque l’analyse génétique est non contributive ou pour les formes atypiques.

Un bilan initial complet est recommandé au diagnostic. Il comprend un ECG, une échocardiographie, une EFR si l’âge le permet, un bilan neuropsychologique avant la scolarisation, des radiographies du rachis, et une ostéodensitométrie (DEXA) avant l’instauration d’une corticothérapie.

Les corticoïdes sont fondamentaux dans le traitement médicamenteux. Ils ralentissent la dégradation musculaire, retardent la perte de marche et réduisent le risque de scoliose et de complications cardiorespiratoires. L’initiation est recommandée entre 4 et 6 ans. Les effets secondaires doivent être anticipés : prise de poids, retard statural, cataracte sous-capsulaire postérieure, hypertension artérielle, ostéoporose, fractures vertébrales, avec une supplémentation en calcium et vitamine D systématique, et troubles du comportement.

 

L'amyotrophie spinale infantile (ASI/SMA)

L’amyotrophie spinale (SMA) est une maladie du motoneurone spinal liée à une déficience en protéine Survival Motor Neuron. Elle est causée par des mutations bi-alléliques du gène SMN1, situé sur le chromosome 5q.

On distingue plusieurs types selon l’âge d’apparition et la gravité :

  • SMA de type 1, type de Werdnig-Hoffmann : forme la plus sévère, début avant 6 mois, hypotonie profonde et incapacité à s’asseoir sans traitement.

  • SMA de type 2 : début entre 6 et 18 mois, acquisition de la position assise mais pas de la marche.

  • SMA de type 3, type de Kugelberg-Welander : début après 18 mois, acquisition de la marche et évolution variable.

  • SMA de type 4 : forme adulte avec un début après 30 ans.

 

Révolution thérapeutique pour la (SMA)

La prise en charge a été radicalement transformée par l’arrivée de trois traitements modificateurs de maladie.

Traitement

Mode d'administration et action

Oligonucléotide antisens

Injections lombaires stimulant le gène compensateur SMN2.

Onasemnogene abeparvovec

Thérapie génique en une injection intraveineuse délivrant une copie fonctionnelle du gène SMN1.

Risdiplam

Modulateur du splicing de SMN2 administré par voie orale dès l’âge de 2 mois.

Ces trois traitements permettent, lorsqu’ils sont initiés avant l’apparition des symptômes, une prévention quasi totale des manifestations cliniques. C’est pourquoi le dépistage néonatal de la (SMA) a été intégré au programme national français par le Ministère de la Santé depuis 2025 sur l’ensemble du territoire.

 

Les autres myopathies héréditaires

  • Myopathies des ceintures (LGMD) : Groupe hétérogène de plus de 30 sous-types liés à des mutations de gènes codant pour des protéines du complexe sarcoglycane, la calpaïne-3 ou la dysferline. Elles touchent les muscles des épaules et du bassin avec une hérédité variable selon les sous types.

  • Myopathies congénitales : Plus rares, environ 1 sur 25 000 naissances, elles se révèlent dès la période néonatale par une faiblesse musculaire profonde. Les principaux gènes en cause sont RYR1, NEB et ACTA1. Le diagnostic repose sur la biopsie musculaire avec analyse histologique spécialisée.

  • Canalopathies et myotonies : Les canalopathies musculaires, myotonies congénitales et paralysies périodiques, et les dystrophies myotoniques, maladie de Steinert, constituent un groupe où la faiblesse s’associe à un retard de la relaxation musculaire après contraction. La dystrophie myotonique de type 1 (DM1) est la plus fréquente chez l'adulte et peut être sévère d'emblée chez le nouveau-né.

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Pourquoi demander un deuxième avis pour une myopathie chez l'enfant ?

Les maladies neuromusculaires de l’enfant sont des maladies rares. Peu de médecins en dehors des centres spécialisés disposent d’une expérience suffisante pour en assurer la prise en charge optimale.

Depuis 2022 et 2024, la prise en charge a été profondément transformée, rendant le recours à un centre expert encore plus important qu’auparavant.

Indications d’un deuxième avis :

  • Vérifier l’éligibilité à une thérapie ciblée en fonction du profil mutationnel précis : saut d’exon, givinostat, thérapie génique ou nusinersen.

  • Confirmer le diagnostic devant une présentation atypique ou une génétique non contributive.

  • Accéder à des essais cliniques en cours dans les centres experts 

  • Sécuriser la qualité du suivi multidisciplinaire, qu'il soit cardiaque, respiratoire, orthopédique ou cognitif.

  • Bénéficier d’un accompagnement dans les démarches de conseil génétique et de diagnostic prénatal.

 

Quelles questions poser dans le cadre d'un deuxième avis ?

  • Mon enfant est-il éligible à une thérapie ciblée en fonction de sa mutation précise ?

  • Le givinostat ou la thérapie génique sont-ils accessibles en France pour mon enfant aujourd’hui ?

  • Existe-t-il des essais cliniques auxquels mon enfant pourrait participer ?

  • Mes autres enfants ou les enfants à naître peuvent-ils être concernés ?

  • Faut-il proposer un test génétique à d’autres membres de la famille ?

  • Comment préparer au mieux l’intégration scolaire et l’adaptation du domicile ?

  • Quels droits et aides sociales puis-je demander pour améliorer la qualité de vie de mon enfant ?

  • Comment se déroule le passage de la pédiatrie vers les soins adultes ?

 

Quels examens transmettre pour un deuxième avis ?

Un diagnostic de maladies neurologiques complet nécessite de regrouper des documents précis.

Documents indispensables :

  • Compte-rendu de génétique moléculaire avec identification précise de la mutation, les exons et le type.

  • Résultat du dosage de créatine kinase avec sa valeur initiale et récente.

  • Compte-rendu de biopsie musculaire avec immunohistochimie et Western blot si réalisée.

  • Électrocardiogramme et échocardiographie les plus récents.

  • Exploration fonctionnelle respiratoire, EFR et spirométrie, si déjà réalisée.

  • Comptes-rendus des consultations spécialisées antérieures.

 

Documents complémentaires utiles :

  • Bilan neuropsychologique et comptes-rendus orthophoniques si disponibles.

  • Radiographies du rachis de face et de profil.

  • Ostéodensitométrie (DEXA) si l’enfant est sous corticothérapie.

  • Dossier de la MDPH et plan personnalisé de scolarisation (PPS).

  • Ordonnances en cours et bilans biologiques de suivi.

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Qui consulter pour une myopathie chez l'enfant ?

Les maladies neuromusculaires de l’enfant doivent être suivies au sein d’un Centre de Compétence ou de Référence des Maladies Neuromusculaires (CRMR) labellisé par le ministère de la Santé.

L’équipe multidisciplinaire est composée d'un :

  • Neuropédiatre coordinateur

  • Cardiologue pédiatrique

  • Pneumologue pédiatrique

  • Chirurgien orthopédique pédiatrique

  • Médecin de Médecine Physique et Réadaptation

Pour savoir à qui s'adresser en cas de pathologie neuromusculaire, cette prise en charge spécialisée est capitale.

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Quels sont les symptômes de la myopathie chez l'enfant ?

Plusieurs signes d’alerte doivent orienter vers une maladie neuromusculaire chez l’enfant :

  • Faible tonus musculaire à la naissance, soit une hypotonie néonatale.

  • Retard d’acquisition des grandes étapes motrices.

  • Faiblesse musculaire proximale : difficultés à monter les escaliers, à se relever du sol et chutes répétées.

  • Signe de Gowers : l’enfant s’appuie sur ses cuisses avec les mains pour se relever. Ce signe est le témoin d’une faiblesse des ceintures pelviennes.

  • Déformation orthopédique progressive : scoliose de l'enfant et rétractions tendineuses.

  • Atteinte cardiaque ou respiratoire à l’âge pédiatrique selon les formes de myopathie.

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Comment diagnostiquer la myopathie chez l'enfant ?

Le premier examen biologique orienté est le dosage sérique des créatine kinases (CK).

Une élévation importante, de 10 à 200 fois la normale, oriente vers une myopathie primitive. Des (CK) normales ou modérément élevées font plutôt suspecter une atteinte neurogène.

L’analyse génétique moléculaire est aujourd’hui l’étape clé du diagnostic de confirmation. Elle est indispensable pour déterminer l’éligibilité aux thérapeutiques ciblées. Vous pouvez en apprendre plus sur l'expertise diagnostique génétique via des bases spécialisées comme Orphanet.

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Quels sont les traitements de la myopathie chez l'enfant ?

La prise en charge est multidisciplinaire. Elle est coordonnée par le neuropédiatre au sein d’un Centre de Compétence et de Référence des Maladies Neuromusculaires (CRMR). La liste des centres est disponible sur le site web FILNEMUS, Orphanet et sur le site de l’AFM-Téléthon.

La prise en charge repose sur plusieurs piliers essentiels :

  • Kinésithérapie et appareillage : la kinésithérapie motrice et respiratoire est continue. Elle inclut des étirements musculaires, l'entretien articulaire, le travail des amplitudes respiratoires et le désencombrement bronchique. Un appareillage orthopédique accompagne l’évolution : orthèses de nuit, corset anti-scoliose et fauteuil roulant électrique. Une chirurgie orthopédique peut être nécessaire pour la scoliose ou les rétractions tendineuses.

  • Suivi cardiologique et respiratoire : il comprend une surveillance régulière et l'introduction précoce de traitements cardioprotecteurs. La ventilation non invasive est initialisée dès les premiers signes d’insuffisance respiratoire, associée si nécessaire à une aide mécanique à la toux.

  • Prise en charge neurodéveloppementale : l'accompagnement des troubles cognitifs et neurodéveloppementaux par un neuropsychologue et un orthophoniste est essentiel pour permettre une scolarisation adaptée.

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Pour aller plus loin

Si vous souhaitez approfondir vos connaissances sur d'autres affections complexes, découvrez à qui vous adresser pour une maladie rare sensorielle. Pour mieux comprendre les outils d'investigation de ces pathologies, consultez notre article sur l'électromyographie. Enfin, si vous vous interrogez sur les pathologies neurodégénératives associées, retrouvez nos conseils sur la sclérose latérale amyotrophique.

 

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